Une stratégie, ça s’apprend comment?
Mathis, 13 ans, vient de recevoir son profil de stratégies. Il a constaté ses forces, mais aussi ses lacunes. Il a pris conscience qu’avec quelques stratégies de plus, il réussirait mieux, à l’école. Mathis est d’accord pour apprendre de nouvelles stratégies… mais il se demande bien comment ça se passera! Ses parents se posent d’ailleurs la même question : comment ça s’apprend, une stratégie? C’est pour répondre à leurs interrogations que j’ai écrit ce texte. Comme consultante, j’aime que parents et enfant comprennent bien le processus par lequel on apprend de nouvelles stratégies : cela favorise un meilleur travail d’équipe et assure le succès de la démarche.
Prioriser l’aide scolaire? Ou l’amélioration des stratégies?
En premier lieu, je voudrais répondre aux interrogations des familles qui se questionnent sur la pertinence de faire une démarche pour améliorer ses stratégies, quand les difficultés se situent sur le plan scolaire (maths, français, etc.). Vaut-il mieux prioriser l’amélioration des stratégies ou l’aide scolaire proprement dite (cours privés de maths ou autre matière)?
Bien que chaque cas soit particulier, je considère qu’il est beaucoup plus efficace et économique de prioriser l’apprentissage de nouvelles stratégies. En effet, avec de meilleures stratégies, ce sont toutes les matières scolaires qui deviennent plus faciles à apprendre, sans compter que ces nouvelles habiletés serviront à l’enfant toute sa vie, chaque fois qu’il aura quelque chose à apprendre, au travail ou à la maison. Bien sûr, cela n’empêche pas de donner aussi un petit coup de pouce sur le plan scolaire, à certains moments, mais il est important de ne pas délaisser complètement la démarche sur les stratégies.
Par contre, il faut être conscient que l’amélioration des stratégies demande un peu plus de patience avant de voir les résultats scolaires augmenter. Rappelez-vous cependant le proverbe : « Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours. » Apprendre à pêcher demande un peu de patience, mais a l’avantage de rendre autonome et de pouvoir désormais se nourrir à volonté, durant toute sa vie!
Bien comprendre de quoi on parle
La deuxième question que les parents me posent le plus souvent, c’est : « Parlez-vous des mêmes stratégies que celles employées à l’école : stratégies de lecture, d’écriture, de résolution de problèmes en mathématiques, etc. »? Ma réponse est : non, quoique certaines se recoupent. Mais surtout, le but est différent.
Dans l’approche que j’utilise, je parle en fait de « stratégies cognitives », qui sont des « gestes » qu’on fait dans notre tête pour réfléchir, apprendre, s’organiser ou résoudre des problèmes. Ces stratégies ne sont pas reliées à une matière scolaire en particulier. Leur but est plus global que les stratégies utilisées spécifiquement en français ou en maths : les stratégies cognitives permettent de mieux apprendre n’importe quelle matière.
Pour mieux saisir cette idée, faisons une analogie avec les sports. Certaines habiletés physiques sont spécifiques à un sport (ex. : technique pour faire un virage en ski ou pour lancer une balle de baseball). D’autres habiletés sont plus générales : ce sont des habiletés de base qui servent à plusieurs sports (ex. : « savoir viser », utile au basketball, au hockey, au golf) et même dans la vie courante (ex. : « avoir une bonne endurance cardiorespiratoire » est utile pour jouer au soccer ou au hockey, mais aussi pour attraper un autobus sur le point de partir ou pour grimper un escalier quand l’ascenseur est en panne).
De même, il existe sur le plan intellectuel des stratégies générales, comme « observer », « être méthodique », « extrapoler ». Ce sont des « gestes de base » qui permettent d’apprendre plus facilement, peu importe le sujet. Par exemple, « bien observer » permet de mieux se rappeler l’orthographe d’un mot, de percevoir toutes les caractéristiques importantes d’une figure géométrique, de mieux lire une question d’examen, etc.
Apprendre par le jeu : tout aussi efficace!
Vous admettrez avec moi qu’un joueur de hockey n’a pas besoin d’être sur une patinoire pour « améliorer son cardio », n’est-ce pas? Il peut le faire en joggant dans un parc, en jouant au soccer, en utilisant divers appareils au gymnase ou chez lui, etc.
De la même façon, un jeune peut améliorer ses stratégies cognitives, et par conséquent ses résultats scolaires, sans faire de maths ou de français. Étonnant, n’est-ce pas? Il est même préférable que l’enfant apprenne ses nouvelles stratégies en passant d’abord par des jeux, énigmes, défis ou mises-en-situation diverses, reliées à ses champs d’intérêt, car cela le motivera davantage, tout en évitant les blocages reliés à l’école, s’il y a lieu. En plus, on fournit ainsi au jeune toute une variété d’exemples où il sera utile et intéressant pour lui d’utiliser cette stratégie. En fait, presque tous les contextes permettent d’enseigner les stratégies : jeux de toutes sortes mais aussi théâtre, apprentissage de la couture ou de la musique, promenades et jeux avec un chien, etc.
Par contre, je complète toujours l’apprentissage d’une stratégie par des exemples d’application au domaine scolaire, afin de montrer au jeune comment utiliser cette stratégie à l’école, dans les matières qui lui causent de la difficulté.
Un réflexe à développer
Pour apprendre une stratégie, on commence par l’étudier en profondeur : description, indices pour la reconnaître, trucs pour mieux l’utiliser, pièges à éviter, exemples variés, et bien sûr entraînement guidé. Cela prend habituellement une ou deux heures de consultation. Les gens pensent souvent que l’apprentissage est alors complété. Faux! Ils oublient le plus important : pour être utile et effective, la nouvelle stratégie doit devenir un réflexe, un « geste » qu’on pensera spontanément à faire. Sinon, la stratégie sera comme un ustensile oublié au fond du tiroir de cuisine : complètement inutile!
Comment développer ce réflexe, me direz-vous? Il faut d’abord prendre conscience des nombreuses occasions où la stratégie peut servir, puis s’exercer à la mettre en pratique, par soi-même, de nombreuses fois. Il s’agit donc de trouver chaque jour, plusieurs occasions de mettre en pratique la nouvelle stratégie, et le faire régulièrement, pendant une à trois semaines.
Encadrement requis
Pour y arriver, les jeunes ont besoin d’un coup de pouce, surtout au début. Il n’est pas facile de prendre une nouvelle habitude, vous en savez sûrement quelque chose : cela prend de la discipline, de la volonté, de la persévérance, etc. Nous-mêmes, comme adultes, avons parfois de la difficulté à adopter une nouvelle habitude, qu’il s’agisse de faire plus d’exercice, de boire plus d’eau, etc. Alors, à plus forte raison, un jeune qui n’est pas encore complètement autonome aura besoin d’être soutenu et encadré, vous vous en doutez!
Il aura besoin qu’on l’aide à « y penser », qu’on lui propose des aide-mémoire efficaces, qu’on l’encourage et le félicite, etc. Si, en plus, on possède soi-même cette stratégie, on pourra lui servir de modèle et l’encadrer de façon encore plus soutenue.
Tous les adultes qui accompagnent le jeune au fil de ses activités peuvent jouer ce rôle : parents, enseignants, animateurs (terrain de jeux, maison de jeunes, etc.), coach de hockey ou de soccer, professeurs de musique ou autre, etc. Cela ne demande pas de formation ou de talent particulier, même si les gens ayant eux-mêmes de bonnes stratégies auront plus de facilité à le faire. De toute façon, je fournis toujours à ces adultes les consignes nécessaires, avec des exemples bien concrets.
Si vous avez d’autres interrogations, je vous invite à m’en faire part (commentaire ou courriel).
Je me ferai un plaisir d’y répondre dans un prochain article (ou par courriel si c’est plus personnel).

