Découvrir des principes d’apprentissage, grâce à un chat!
Une amie m’a récemment parlé d’un jeu disponible gratuitement sur Internet : « Circle the cat » (encercle le chat). Pendant que j’expérimentais ce jeu, je me suis mise à observer mes attitudes et mes réactions. Cela m’a inspiré une belle analogie avec les comportements que chacun peut adopter, dans ses activités quotidiennes, pour réussir plus facilement les défis qu’il rencontre. Je pensais en particulier aux élèves qui veulent améliorer leurs résultats scolaires.
Le lien pour accéder au jeu: http://www.members.shaw.ca/gf3/circle-the-cat.html (merci à l’auteur, son nom n’apparaît malheureusement pas sur Internet).
Le jeu
Un damier : une centaine de pastilles rondes, un peu décalées les unes par rapport aux autres, la plupart vert pâle, quelques-unes vert foncé.
Au centre : un petit chat noir.
Le but du jeu : empêcher le chat de sortir du damier en construisant autour de lui une barrière formée de pastilles foncées. Hum, pas facile!
De même, à l’école ou au travail, nous rencontrons constamment des défis : nouvelle notion à apprendre, habileté à acquérir, problème à résoudre, nouvel emploi, etc. Ces défis nous emblent souvent difficiles, au premier abord. Ce n’est pas une raison pour se décourager!
Pourtant, je vois souvent des étudiants, de tout âge, qui pensent que s’ils ne comprennent pas du premier coup, c’est qu’ils ne sont pas doués et donc que ça ne vaut pas la peine qu’ils fassent des efforts. Au travail ou à la maison, c’est la même chose : certains abandonnent immédiatement, s’ils ne réussissent pas du premier coup!
Chaque partie est plus ou moins difficile, selon le nombre et la disposition des pastilles au début de la partie (différents à chaque fois).
Dans nos activités quotidiennes aussi, le niveau de défi varie. Par exemple, à l’école, certaines notions sont assez faciles à apprendre, alors que d’autres demandent plus d’effort. Sur le plan des loisirs : quand j’ai appris à jouer du tam-tam, j’apprenais certains rythmes facilement, alors que d’autres me donnaient du fil à retordre.
Il faut s’encourager avec les plus faciles, et profiter de ceux-ci pour améliorer ses habiletés. Ainsi, on finira par réussir même les plus difficiles!
Premiers essais
Mes premiers essais à ce jeu ont été un échec total! Le chat me devançait toujours d’au moins une case et réussissait chaque fois à s’échapper. On aurait dit qu’il lisait dans mon esprit et anticipait mes décisions! J’ai pensé abandonner, car cela me paraissait impossible de gagner. Pourtant, il était bien écrit que le jeu était difficile, mais faisable! J’ai alors décidé de relever le défi.
De même, quand on aborde un domaine pour la première fois, nous sommes souvent maladroit ou peu efficace, et c’est normal! Il ne faut pas s’en faire, et cela ne doit pas affecter notre estime de soi!
Par ailleurs, il faut être conscient que nos pensées influencent notre performance. Je me souviens d’un client à qui je faisais faire un jeu de logique sur l’ordinateur (comportant plusieurs problèmes et niveaux), et que j’aidais, lorsqu’il était bloqué, simplement en lui disant que ce problème était faisable, puisque je l’avais personnellement résolu. Cette simple parole changeait radicalement son attitude, et il réussissait ensuite à résoudre le problème, tout seul!
Il reste qu’il appartient à chacun de décider s’il relève le défi ou non. À l’école, des jeunes réussissent avec une note acceptable, malgré leurs difficultés d’apprentissage, uniquement à cause de leur attitude : ils choisissent de relever le défi et de prendre les moyens nécessaires pour réussir.
Changement d’attitude
J’ai donc continué à jouer mais avec un nouveau point de vue : au lieu de jouer pour gagner, je jouais simplement pour observer et expérimenter. Si je faisais des « erreurs », je ne m’inquiétais pas : je les appelais plutôt des « expériences », car elles me permettaient de mieux comprendre le jeu. Je continuais cependant à faire de mon mieux et à donner mon maximum, même si mon but n’était pas de gagner!
De même, à l’école ou au travail, il faut bien distinguer la phase d’apprentissage, où l’on peut prendre le temps d’observer et d’expérimenter sans danger, et la phase d’évaluation, où l’on est jugé selon les résultats.
Durant la phase 1, il ne faut pas craindre les « erreurs», car elles font partie du processus et, à ce stade, ont peu de conséquences (en général) : l’écolier perd peu de points s’il se trompe dans un devoir, l’apprenti-conducteur sera secouru au besoin par le frein d’urgence de son instructeur, et le stagiaire peu efficace recevra des conseils supplémentaires, tout simplement.
Durant la phase 1, il faut donc être tolérant avec soi. Mais il faut quand même faire de son mieux et éviter d’agir comme ceux qui attendent que ce soit « pour de vrai » (phase 2) pour donner leur maximum. Ils ratent ainsi de belles occasions d’apprendre et de s’améliorer (durant la 1ère phase), et cela diminue habituellement leurs performances (lors de la phase 2).
Des trucs universels
Après les premières parties, jouées juste pour le plaisir, j’ai modifié mes stratégies. Avant de placer une pastille, je prenais le temps de bien observer, de planifier mon approche, d’anticiper les résultats de mes actions, etc. C’est ce qui m’a permis d’améliorer mon jeu, finalement!
Ces trucs sont également utilisables en classe ou au travail! Observer plus attentivement. Se questionner sur les conséquences possibles de tel ou tel choix. Prendre son temps avant de répondre, d’agir ou de choisir l’opération qu’on fera. Penser à la méthode qu’on emploiera, au plan qu’on suivra, etc.
Ceci peut faire toute la différence entre un élève qui réussit ou qui échoue, entre un adulte qui est toujours mal pris ou qui trouve des solutions à ses problèmes.
Un objectif à sa mesure
Lors des premiers essais, mon objectif était de « gagner », bien sûr! Quand j’ai constaté la difficulté du jeu, je me suis donné d’autres objectifs : observer les déplacements du chat, expérimenter différentes techniques de jeu, etc. Lorsque j’ai commencé à gagner quelques parties, mon objectif est devenu « gagner une partie de temps en temps », puis « gagner trois parties d’affilée » ou « faire le plus petit enclos possible ». Pour les parties plus difficiles, que je ne réussis pas encore à gagner, je garde mon objectif du début : observer et expérimenter.
À l’école aussi, il est important de se donner des objectifs à sa mesure : assez élevés pour se stimuler, mais assez réalistes pour ne pas se décourager. Selon la situation de chacun, on ajuste nos objectifs pour qu’ils restent des défis motivants, mais à notre portée.
L’objectif peut prendre différentes formes : ça peut être une note (%), un nombre maximum de fautes d’orthographe, une durée de temps, etc.
Se donner du temps
Idéalement, j’aimerais pouvoir gagner toutes les parties, même les plus difficiles. Mais je sais que cela prendra du temps et beaucoup de pratique! Heureusement, les jeux sur ordinateur permettent de prendre autant de temps qu’on veut, pour maitriser le jeu!
À l’école, il faut aussi se donner le temps nécessaire pour comprendre la matière, faire des exercices, surmonter les difficultés, faire le tour de tous les cas possibles, etc. Atteindre ses objectifs est possible, si on y met le travail requis.
Malheureusement, ça ne fonctionne pas comme les jeux sur ordinateur : on n’a pas tout le temps voulu, les dates d’examens sont fixées à l’avance! C’est pourquoi il faut planifier son travail en fonction de ces dates.
Nul n’est parfait!
Parfois, j’étais sur le point de gagner, mais un moment d’inattention me faisait faire une erreur fatale, et je perdais la partie! C’est frustrant, mais l’erreur est humaine. Pour ma propre santé mentale et mon estime de moi, il vaut peut-être mieux que je m’autorise un certain nombre de parties perdues!
Pour réaliser son plein potentiel, il faut être assez exigeant envers soi, mais aussi être tolérant et ne pas se montrer trop dur envers soi-même, quand on fait une erreur!
D’ailleurs je conseille toujours aux élèves, lors des examens, de se garder une marge de manœuvre. Même si on comprend parfaitement la matière et qu’on a bien travaillé, le stress et la pression peuvent diminuer la note de 10% (et même plus)! Il faut en tenir compte quand on fixe ses objectifs.
Savourer les succès
Après chaque partie gagnée, je prenais le temps de contempler le résultat de mon travail : le petit chat bien encerclé, la forme et la grandeur de l’enclos que j’avais construit, etc. Je repensais à mes bons coups et comparais cette réussite à mes premiers échecs : cela me rendait fière de moi et me permettait de mesurer le progrès accompli!
Dans la vie aussi, il est important de s’arrêter parfois pour prendre conscience de ses succès, savourer ses réussites, apprécier les efforts fournis et constater les progrès accomplis. C’est excellent pour l’estime de soi et cela nous motivera quand on sera de nouveau confronté à un problème difficile, car on se rappellera ces succès ainsi que la fierté ressentie.
Trop souvent, on se concentre sur ce qui n’est pas encore compris, sur ce qui reste à accomplir… et on néglige de savourer ses succès, malheureusement.
Relativiser les échecs
Quand je perdais une partie, j’étais parfois frustrée mais j’essayais de me dire des phrases encourageantes : « ça m’a au moins permis de comprendre telle chose » ou « cette partie était vraiment difficile, je n’ai pas encore assez d’expérience pour la gagner » ou encore « je ferai mieux la prochaine fois » et parfois « cette partie était peut-être impossible à gagner! ».
Pour garder une bonne estime de soi, il faut éviter de conclure, après une erreur ou un échec, qu’on est nul (ou autre insulte du genre). Il vaut mieux trouver une façon de recadrer cette erreur ou cet échec de manière positive : « j’ai l’impression de ne pas être intelligent parce que je perds toutes les parties, mais c’est juste parce que je manque d’expérience ou que je n’ai pas assez pris mon temps » (voir autres exemples ci-dessus).
Cela semble assez facile à faire avec un jeu d’ordinateur, car personne ne voit nos erreurs, on peut se reprendre à l’infini, et il n’y a pas de conséquences. Mais à l’école ou au travail, ce n’est pas le cas et il faut faire preuve de plus de vigilance!
Faire un retour
Que j’aie gagné ou perdu une partie, j’ai constaté que je m’améliorais plus rapidement si, à la fin de la partie, je prenais le temps de revenir sur ce qui s’est passé, sur mes bons coups et mes erreurs, sur les causes de ces erreurs, etc.
De même, on devrait toujours prendre un moment d’arrêt et de réflexion, après avoir résolu un problème, appris quelque chose ou surmonté une difficulté. On peut alors observer les stratégies utilisées, identifier ce qui a causé des difficultés et ce qui nous a aidé, analyser nos erreurs, etc. Ce moment peut être très court : quelques secondes suffisent parfois pour prendre conscience de ce qui s’est passé!
Cette pause est importante car elle fournit des informations précieuses, qui nous permettront de faire mieux à l’avenir et de ne pas répéter les mêmes erreurs.
Vive l’ordinateur!
Heureusement, les jeux sur ordinateur possèdent un bouton « reset » (recommencer), permettant de jouer autant de parties qu’on veut. Ainsi, on peut acquérir beaucoup d’expérience et s’améliorer rapidement.
À l’école, cette possibilité existe aussi! Le bouton « recommencer », ce sont les exercices faits en classe, les devoirs, les petits tests qui comptent pour 5%, etc. ». Ceux-ci permettent à l’élève de voir où il en est et lui laisse du temps pour demander d’autres explications ou s’exercer encore un peu. En somme cela permet d’apprendre de ses erreurs.
Malheureusement, plusieurs attendent l’examen final pour savoir s’ils ont compris; c’est une mauvaise idée, car alors, il est trop tard pour rectifier le tir!
Ne pas trop compter sur la chance
Parfois, le chat faisait une erreur (hasard ou erreur de programmation) : il ne voyait pas la brèche que j’avais laissée dans ma barrière, par mégarde. Ouf, quelle chance! Mais j’essayais de ne pas me fier sur cela, car le jeu étant bien conçu, la plupart du temps le chat se précipitait sur les points faibles de mon enclos!
De même, en classe, on a parfois la chance de ne pas être interrogé sur le seul chapitre qu’on n’a pas assez étudié… Mais il ne faut pas trop compter là-dessus! Habituellement les enseignants savent très bien ce qui a tendance à être mal compris et évaluent l’ensemble des notions au programme!

