Le réflexe de la paire de bottes

Quand un enfant a de la difficulté à l’école, les parents essaient de trouver différentes mesures d’aide, à la maison ou autrement (aide aux devoirs, cours privés, consultation de spécialistes, etc.). Ces solutions donnent souvent de bons résultats, mais il existe une autre manière d’aider l’enfant, qui comporte de nombreux avantages, et  à laquelle on ne pense pas toujours!

Comme promis dans mon article précédent, je vous présente aujourd’hui cette alternative, par le biais d’une histoire vécue (les noms sont fictifs mais la situation est réelle).


Sylvianne et ses deux filles

Sylvianne a deux filles, Maude (7 ans) et Carol-Ann (9 ans), qu’elle élève seule. Le dernier bulletin scolaire de Carol-Ann révèle des échecs dans plusieurs matières. Du côté de Maude, cela va un peu mieux, mais certaines matières semblent quand même un peu plus difficiles pour elle.

La maman inscrit donc Carol-Ann au service d’aide aux devoirs offert par l’école. En parallèle, elle vient me consulter pour que je fasse le « profil d’efficience » de sa grande fille (ou profil des stratégies). Le but est de savoir si cette dernière sait comment faire, pour apprendre efficacement. Si ce n’est pas le cas, Sylvianne aimerait ensuite que j’aide Carol-Ann.

Le profil démontre qu’effectivement Carol-Ann a des lacunes importantes sur le plan des stratégies.


Solutions

J’explique à Sylvianne que pour améliorer les stratégies d’apprentissage de Carol-Ann, nous procéderons une stratégie à la fois. Tout d’abord j’enseignerai la nouvelle stratégie à sa fille, lors de consultations individuelles. Puis Carol-Ann devra s’entraîner à utiliser cette nouvelle stratégie plusieurs jours d’affilée, dans toutes sortes de circonstances (à la maison, à l’école, durant ses activités de loisir, etc.). Cet entraînement est indispensable au succès de la démarche. Et comme Carol-Ann, à 9 ans, ne possède pas assez d’autonomie pour y arriver seule, elle aura besoin d’être encadrée et supportée.

Cet encadrement pourrait être assuré par moi, lors des consultations avec Carol-Ann, mais si Sylvianne y participait elle aussi, à la maison, ce serait encore bien plus efficace. Après tout, elle est présente auprès de sa fille bien plus souvent que moi ! J’explique à Sylvianne qu’elle serait en mesure de le faire si je lui fournissais les informations et directives nécessaires. Je l’invite donc à s’inscrire à des ateliers pour parents, conçus justement pour préparer les parents à poursuivre à la maison le travail entrepris lors des consultations individuelles avec l’enfant.

Sylvianne doit donc choisir entre 2 possibilités :

  • Consultations individuelles avec Carol-Ann.
  • Consultations moins fréquentes + ateliers pour parents avec Sylvianne.


Le choix de Sylvianne

Sylvianne choisit de prioriser les consultations avec sa fille et dit qu’elle n’a pas le budget pour s’inscrire aux ateliers pour parents en plus. Cela ne me surprend pas vraiment, car en faisant ce choix, Sylvianne croit prioriser les besoins de son enfant (ce qui est tout à son honneur!). C’est un comportement bien normal ! C’est ce que j’appelle « le réflexe de la paire de bottes » : en cas de budget trop serré, les parents achètent de nouvelles bottes à leur enfant, mais remettent à plus tard l’achat de bottes pour eux-mêmes, même si celles-ci sont très usées.

Prioriser les besoins de son enfant, c’est évidemment très bien et c’est ce dont l’enfant a besoin, en général. Cependant, dans la situation actuelle, il me semble qu’il faut voir la situation autrement.

Un autre point de vue

Je demande alors à Sylvianne s’il lui est déjà arrivé de souhaiter pouvoir prendre sur elle-même une expérience pénible ou désagréable que vivait son enfant, pour éviter que celui-ci doive l’endurer (ex.: maladie, blessure, grosse peine, etc.).

Elle me répond «  Oui, mais ce n’était pas possible, bien sûr! ». Je lui réponds qu’elle a raison dans le cas de la maladie, mais que sur le plan de l’apprentissage, oui, cela peut parfois se faire, du moins en partie.

Évidemment Sylvianne ne peut pas apprendre les tables de multiplication à la place de Carol-Ann! Mais si elle s’investit dans les ateliers pour parents, elle pourra diminuer le nombre de consultations que sa fille aura à suivre, ce qui lui fera plus de temps pour jouer, se reposer de sa journée d’école, etc. En plus, sa fille aurait le bonheur de s’améliorer plus rapidement, puisqu’elle profiterait d’un encadrement plus suivi sur le plan des stratégies, chaque jour!

Et finalement, en s’inscrivant aux ateliers pour parents, Sylvianne permettrait à Maude, elle aussi, d’améliorer ses chances de réussite, puisque les interventions de la maman bénéficierait aux deux enfants en même temps.

En s’inscrivant aux ateliers pour parents, Sylvianne aurait l’impression de « se » payer un petit luxe (une formation personnelle), mais en réalité elle économiserait du temps et de l’argent, et rendrait un grand service à ses filles ! Malgré tout, il est bien difficile pour elle de prendre cette décision, car le « réflexe de la paire de bottes » est vraiment fort!


Avez-vous des trucs ou suggestions pour aider Sylvianne à ne pas succomber au « réflexe de la paire de bottes » ?

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